Chapelle du Suzot

 La paroisse de Saint-Amant avait, de date très reculée, témoigné sa dévotion à la Mère des Douleurs, par l’érection d’une chapelle au Suzot , site situé à l’extrémité de la coulée de lave basaltique surplombant la Monne entre les communes de Saint Amant et de Tallende.

Pendant les guerres de religion, au XVI° siècle, le pieux sanctuaire fut détruit par les protestants ; toutefois la statue de la vierge, au dessus de l’autel, échappa aux fureurs des iconoclastes. Que devint-elle ? Personne ne le savait ! Mais Saint Amant conserva un culte ancré vers la Mère de Dieu.

Lors  d’une peste qui décima le pays de 1630 à 1632 la population l’implora  avec ferveur. Or voici qu’un événement inattendu vint encore raviver cette dévotion. Un vigneron plantait des arbres fruitiers dans sa vigne, qui s’étendait auprès des ruines de l’ancienne chapelle. En creusant la terre il découvrit la statue de la Vierge de Piété, autrefois honorée en cet endroit.

Cette découverte, considérée comme miraculeuse, créa un grand émoi dans toute la communauté paroissiale. On décida la reconstruction de la chapelle sur l’emplacement même où l’ancienne statue avait été retrouvée. Tous, riches et pauvres, voulurent y coopérer. Les femmes et les enfants, suivant leurs forces, apportaient les pierres et autres matériaux nécessaires aux ouvriers. On parla même d’un miracle à propos d’une carrière découverte sur le lieu de la construction et qui fut épuisée lorsque s’acheva la construction de l’édifice.

Vers l’an 1650, le sanctuaire, désigné sous le nom de Notre-Dame-du Suzot, était livré au culte, et la Vierge miraculeuse exposée de nouveau à la piété des fidèles.

Le monument se composait d’une nef, un chœur et deux chapelles. Des contreforts extérieurs protégeaient la voûte.  La sacristie était placée à l’aspect sud.

L’intérieur de l’église était remarquable par ses ornement ou sculptures en bois de noyer, d’un travail fini. Le maître-autel se composait de 6 colonnes torses, pilastre et deux figures dans les ailes. Le chœur était meublé de 14 stalles conformes à celles du chœur des révérends pères cordeliers de Clermont. Dans la niche, en haut de l’hôtel une figure de Saint Amable ; sur les frontons deux anges assis aux deux côtés d’une niche d’une façon d’armes. Deux corbeilles pleines de fleurs aux deux extrémités. Le tout parfaitement fait en bon bois de noyer, bien luné. Les ornements (chasubles, dalmatiques, étoles et devant d’autel) étaient réalisés en tissus d’or et de soie, galons et frange, damas blanc et point d’Espagne, dentelles et toiles baptistes.

On avait une grande vénération pour Notre Dame Du Suzot. La fête qui se célébrait dans le mois d’Août, le jour de l’Assomption, attirait beaucoup d’étrangers. On lui faisait des offrandes parce qu’on lui attribuait des miracles et qu’on désirait acquérir sa protection.

Le culte de Notre-Dame de Pitié resta en honneur dans le pays d’alentour jusqu’en 1791. A cette époque la chapelle fut fermée.

Pendant la période révolutionnaire, pour éviter  des profanations possibles,  des mains pieuses mirent en sûreté la statue de la vierge. Après la signature du concordat et la réorganisation du culte, celle-ci fut apportée à l’église paroissiale (adossée au château de Murol en Saint-Amant). Elle y resta vénérée jusqu’au moment où l’ancienne église fut remplacée par une nouvelle dans le milieu du XIXème siècle. La statue de la vierge fut prise par M. le comte de Cousin de la Tourfondue. Elle suivit son propriétaire au Canada. Mû par un sentiment de piété et de respect, le possesseur en a fait don aux Frères des Ecoles Chrétiennes. La statue est aujourd’hui exposée au noviciat de Limoilou dans la province du Québec.

La plus grande partie de ces meubles et objets de parures, qui avaient également été mise en sûreté sous la période révolutionnaire,  fut transportée dans l’église paroissiale  peu de temps avant la démolition de l’église du Suzot. Le manque d’entretien avait effectivement conduit à une dégradation irréversible du bâtiment. Les pierres de l’édifice furent récupérées pour construire une halle au blé qui deviendra la future mairie de Saint Amant.

Une généreuse donatrice de Saint-Amant, Mademoiselle Marret, finança, en 1856, sur l’ancien site de l’église, la construction de l’actuelle chapelle; cette même personne avait  aussi, quelques années auparavant,  contribué d’une façon importante à la construction de l’actuelle église paroissiale de Saint Amant.


Au XIXème siècle Notre Dame de Suzot a ainsi continué à faire l’objet d’un culte fervent de la part de la paroisse de Saint-Amant. Sa fête n’était plus le jour de l’Assomption mais le dimanche qui suit le 2 septembre. Elle était célébrée très solennellement. Pendant neuf jours, la neuvaine du Suzot,   on venait dire la Messe à la chapelle et tous les soirs il y avait le salut du Très Saint-Sacrement. Le premier jour de la Neuvaine de Suzot se célébrait le jour de la Nativité le 8 septembre. C’était le jour de la fête patronale de Saint-Amant. Ces cérémonies réunissaient un nombre important de fidèles.

Actuellement cette neuvaine se réduit à trois jours.

Le plafond de la petite chapelle est décorée d’un ciel bleu outremer, agrémenté d’étoiles dorées. Les rayons de lumière au travers des vitraux confèrent à ce lieu de prière une ambiance sereine, propre au recueillement.

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